Quand la ville dort,
Elle sort.
La lune pour seule témoin,
Elle se dirige dans un coin.
Elle se cache ;
De la réalité, elle s'arrache.
Derrière un sourire, derrière des habits,
Son rêve, sûrement trop extravagant, s'évanouit.
Chevelure au vent, rouge à lèvres flamboyant,
Elle attise les regards ;
Regards malveillants, regards de loubards
Qui s'attardent sur son décolleté brûlant.
Elle vend son corps
Comme on vend une marchandise.
Quelle bêtise ! Qu'on l'humanise !
Patiemment, elle attend sa mort
Parce qu'elle sait qu'en continuant ainsi,
Elle se condamne, elle se pert,
N'ayant aucun repère, aucune terre,
Aucun parent sur lequel elle pourrait prendre appui.
Enfant d'un autre temps,
Elle reste incomprise des gens.
Pourtant, sa vie continue,
Lente & éternelle ;
Délicate & frêle,
Sous les fracas de la rue.
Comme elle aurait aimé figer les heures !
Pour tout recommencer.
Comme elle aurait aimé être ailleurs !
Pour, une ultime chance, se donner.
Hélas ! Ce ne sont là que de sottes pensées !
Parce que ce ne sont pas les pensées d'une fille comme elle.
Femme de l'ombre, fille de l'éternel,
Elle s'abandonne tout entière à ses clients impurs, dépravés.